Ce devait être un jour qui trainait dans la cour
Un jeudi férié. Un peu gris. Un peu tendre.
La maison respirait. Sans trop se faire trop entendre
Et le temps s’attardait. Sans recul. Ni détour.
Peut-être que le ciel vivait de travers
Que les voix s'étouffaient dans les pièces voisines
Je tournai lentement les pages d’un magazine
Avec comme rêves abscons mon futur univers.
Soudain. Un secret transperça la lumière.
Le couloir s’allongeait plus grand que la maison
Quelqu’un ferma la porte avec précaution
Comme pour retenir une marée première...
Je restai là perdu. Dans l’odeur d’un repas
Face au bruit du parquet. Face aux gestes trop calmes.
Et mon cœur apprenait sans éclat et sans drame
Qu’une ombre dorénavant me suivrait pas-à-pas.
Ce fut une naissance au bout de la journée.
Un frisson dans le soir. Puis passa le landau.
Avec tout l’avenir, doucement balancé,
Ainsi l’air s’est tu dans le pli du rideau.
J’ignorais encore les ravages des ans
Et le fracas que font les bleues adolescences
Mais quelque chose alors venait dans le silence
Poser sa première pierre dans mon cœur d’enfant.
Ce fut donc ce jeudi qu’en ma mémoire blanche
Ma vie à tout jamais changea de couleur.
Car naquit dans le silence des clameurs
Celle qui dorénavant me veille sur sa branche.
Et si parfois la mer revient battre mes flancs,
Mon rafiot tient debout, sans céder à la nuit.
Si je m’abreuve au bord, sans tomber dans le puits.
Une main me rattrape à deux pas du néant.