J’avais suivi ce chef comme on suit une étoile,
Croyant voir dans ses yeux l’aube percer la toile ;
Mais l’ombre a pris sa voix, le vent brisa son chant :
Il trahit. Et soudain. L’univers devint néant.

J’attends l’homme de feu que nul or ne rachète,
Qui marche, front levé, quand la montagne jette
Ses éclairs dans le ciel et fait trembler les tours ;
Un veilleur dont la foi repousse les vautours.

Je serai cet amant dressé contre l’abîme,
Celui que l’amour sacre et qu’un seul nom anime ;
Pour elle, je tiendrai la tempête en mes bras,
Et le monde, dompté, se taira sous mes pas.

Je suis l’homme des mots, forgeron d’ombre et flamme,
Dont le vers, à genoux, interroge la trame ;
Ma voix parle aux esprits, aux vivants, aux trépassés,
Et des astres éteints rallument mes pensées.

Ainsi tout se répond dans l’onde primordiale :
La trahison qui tue, l’attente sidérale,
L’amour fait de tonnerre et l’art fait de pardon.
Et mon cœur bat, géant, sous l’invisible nom.