La voilà qui s’avance. Qui entre sans frapper.
Cette mise en quarantaine venue me bousculer
Le Temps Ce bâtisseur à l’argile sévère
A brandi sous mes pores ses alpages mystères.
J’ai connu les départs. Les retours. Les naufrages
Les serments décimés dessous le feu des orages
Des sourires se sont tus. D’autres ont pris leur place
Certains vivent encore dans le bris de ma glace.
Je revois les matins de mes premières routes
Les rêves insensés devenus chemins de doutes.
L’enfant qui me regarde,essorant le passé
Ignore encore le prix de ses futurs succès.
Ô souvenirs! Troupeaux de fantômes fidèles
Vous revenez sans-cesse battre de l’aile
Et portez dans vos mains mes arrières saisons
Tandis que brûlent encore les murs de mes maisons.
J’ai perdu des chemins. Que je croyais durables
Des amis dont les flammes semblaient inépuisables
Mais rien ne meurt vraiment sous le ciel infini
La cendre garde un peu de la braise finie.
Et quelque chose veille. Par delà les années.
Sur le sage divan où dorment les condamnés
Parfois, un rire s’enquiert de nos douleurs
Et fait de nos tombeaux la semence des fleurs
Ici commence la longue marche vers de landes inconnues
Vers ces îles inconnues que je n’ai jamais vues
Je veux aimer. Encore. Bâtir. Et m’étonner
Et donner à mes mots un monde à façonner.
Je veux des horizons plus vastes que mes peines
Des forêts.Connaître encore Corneille et la Fontaine
Chaque mot est une ride. Chaque pente un signal
Chaque jour partant rend le suivant vital.
C’est étrange. Aujourd’hui je n’ai pas peur du nombre
Je sais que chaque sente germe sous les décombres
Et lorsque vient le soir.S’il me faut respirer
Je veux que me sillon ne cesse de creuser
Mais ce soir n’est point venu. La lumière demeure
J’avance.Devant moi se dressent les futures clameurs
J’avance. Et sous mes pas comme tambours lointains
J'ois de fleuves dérivant vers demain…